Languedoc Roussillon 2015 par Hervé Bizeul

Le millésime? La nouvelle cave? Le raisin? Le hasard?

Qu’importe, après tout: 2015 est un millésime sensationnel…

Raconter 2015, c’est se poser la question du mystère. Mystère du grand millésime, mystère de l’émotion, mystère de l’évidence. Que les choses soient claires entre nous, dès le départ : rarement un millésime ne m’aura impressionné aussi tôt et si fort, rarement autant de certitudes sur son avenir m’ont habité.

«Puisque ce mystère nous dépasse, feignons d’en être l’organisateur». Cette phrase de Jean Cocteau n’est jamais bien loin dans ma tête depuis que je fais du vin et, je dois l’avouer, cette lettre ne vous donnera que des hypothèses. Je l’avoue sans crainte, les raisons pour lesquelles nos vins sont si bons cette année sont assez mystérieuses. Mais essayons.

La première idée, souvent la bonne, serait de féliciter le Dieu de la pluie, Varuna dans le Rig Véda Indien : 600 mn entre les deux vendanges, c’est ici d’une rare générosité. Avril, mai, juin surtout furent juste ce qu’il faut humides, en août deux beaux orages furent providentiels. Avec un mois de juillet sans une goutte, le scénario était parfait : la pousse des feuilles s’arrêta avant la véraison, signe pour moi d’un millésime de garde au niveau des tannins. «Août fait le moût», dit on à Bordeaux, mais c’est valable ailleurs, bien sûr. Cela veut dire qu’un peu de pluie fait grossir les baies et
qu’il y aura du vin, donc du fruit… Au début des vendanges, le feuillage était magnifique, les raisins superbes, aucune maladie en vue et année précoce annoncée. Et pas d’épisodes «Cévenols», comme quelques uns de nos confrères du Gard ou de l’Ardèche, qui auraient gâché la fête.

Depuis le temps, 20 ans bientôt, je sais que si on me presse de vendanger en septembre, il est urgent d’attendre. En 2015, tous les laboratoires d’analyses du secteur annonçaient des baisses d’acidité rapides et catastrophiques. Vendanger des raisins à moitié mûrs ne donne de toute façon rien de bon, et c’est doucement, dans la bonne humeur, que nous avons démarré le 8 septembre les blancs, le 13 les premières Syrah.

 Vu que je raconte mes vendanges au jour le jour sur le blog, inutile je pense d’y revenir dans cette lettre. Pour moi, pour mes fils, qui sait un jour, avoir ainsi sous la main mon journal de vendanges, année par année, est une véritable force, une réserve de savoir et d’informations. Pour vous aussi. Puisez dedans si vous ne l’avez pas fait à cette époque, vraiment. Ce qui est important de savoir sur 2015, c’est qu’à peu près au milieu des vendanges, j’ai fait un grand saut périlleux arrière (c’est une image…) et décidé d’aller chercher des grands terroirs d’altitude avant les dernières vignes de la plaine. Une pulsion après avoir goûté les baies, une idée loufoque, un risque. Mais croyez moi, à goûter les vins aujourd’hui, c’était une super bonne idée, pour les grands terroirs de Vingrau, comme ceux de la Chique, à la fin.

Dans la cave, 2015 fut une année de bouleversements. J’aimerais pouvoir vous montrer la nouvelle cave, à Rivesaltes, sobre, pratique, élégante, chic. Rien de trop, rien de plus que de la place pour travailler comme nous le rêvions depuis 15 ans. Certes, voir les cuves quitter le garage historique nous a retourné émotionnellement… Mais honnêtement, quel progrès… Du froid, du chaud, des cuves thermorégulées pour ne plus avoir l’angoisse des fermentations trop rapides ou arrêtées pendant la nuit, un nouveau pressoir avec drains réfrigérés pour les blancs, de la place, une facilité de nettoyage incroyable, un petit chai glacial pour les élevages, la vie est belle. Et surtout de la place… Je l’ai dit, non ? C’est ça d’avoir été «esquiché» dans un garage pendant 15 ans…

Honnêtement, les vins de 2015 sont au top. Déjà en bouteilles, Sorcières blanc et rosé vont décoiffer cet été. Le Sorcières Rouge ? Une bombe… De Battre 2015 est magnifique, suave et parfumé. La gamme classique, en élevage, celle que nous vous proposons aujourd’hui, est sans aucun doute à mettre dans la catégorie des grands millésimes du Clos des Fées. C’est la qualité de texture qui me marque le plus, ce velouté des belles années, mais aussi, peut-être devrais-je dire surtout, le côté «énergique» de ces vins, lumineux, brillants, comme si une onde de plaisir les traversait. Les vins «ronronnent». Voilà, c’est ça. Des gros chats, certains de leur force et de leur souplesse, paisibles, mais prêts à bondir, avec grâce, si beaux. Je ne sais pas si ça se dit, un vin qui «ronronne», mais bon, tant pis, c’est fait !

Que vous dire d’autre ? Ah, 2015, ce fut bien sûr aussi Wine Advocate, la revue du célèbre Robert Parker. Jeb Dunnuck a noté les 2012 chez nous, avec à la clé une avalanche de notes époustouflantes : 97, 96, 96, 94; 93, 92, j’en oublie, n’en jetez plus, le Clos des Fées gagne haut la main la compétition, tous domaines du Languedoc-Roussillon confondus. Bien sûr, vous l’imaginez, cela n’est pas sans conséquences et la demande fut démultipliée, certains ayant besoin de notes, encore et toujours, pour découvrir ce que vous savez depuis longtemps, que le Roussillon peut faire de grands rouges de garde.

Nous avons longtemps réfléchi à la bonne façon de faire… Il est important, s’il vous plaît, que vous preniez un instant pour comprendre notre décision : nous n’augmenterons pas, cette année encore, nos prix PRIMEURS, inchangés depuis quinze ans, afin de vous donner l’occasion de boire nos vins au juste prix. Il est essentiel pour nous que le plus possible d’entre eux terminent dans la cave de véritables amateurs, autour de nous, en France, en Suisse, en Belgique, en Espagne, chez ceux qui comme nous gardent, couvent, savent…

En revanche, en prix de sortie, nous ne pouvons plus vous garantir un maintien des prix, l’offre et la demande jouant alors à plein. Si nous avions la chance de continuer à avoir des notes aussi élevées, il est évident que le Clos des Fées verra son prix augmenter, le 2012 étant sorti directement à 65 euros, par exemple, ce qui reste très raisonnable, sur le marché mondial pour un 97 points. L’achat en primeur est une occasion de mettre en cave ces vins à prix encore abordable… L’achat en primeur s’impose, plus que jamais désormais.

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 Découvrez tous les vins du Clos des Fées 2015 ici

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